Le Journal d'Hubert Morel

Le journal d’Hubert

Ouvrir et reconnaître un chemin « Saint Martin de Tours » labellisé « Grand Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe » fut certes une mission intéressante pour des passionnés que nous sommes de rencontres, de partages et de patrimoines. Ce fut aussi un grand bonheur de pouvoir partir à la découverte d’un nouveau parcours qu’est le chemin Saint Martin Saragosse -Tours.

Cette nouvelle expérience d’un cheminement en couple et bien souvent mêlée d’aventure fut similaire à celles que nous avions vécues en 2003 lors de notre camino portugais entre Faro et Compostelle ou encore en 2005 entre Saint-Sylvain d’Anjou et Le Puy-en-Velay. Faire face à des situations inattendues, nous y sommes toujours prêts. La pire de ces situations sur ce chemin martinien a été de dormir à la Pena-Estacion (Espagne) dans un abri de gare ouvert au vent et à la pluie. Justement, ce soir là, il y eut pluie et orage. Nous avons donc du aménager quelque peu cet abri sommaire d’une nuit.

Autre exemple, plus luxueux celui-là ! Pour peu que l’on soit bien équipé en mousse et bon duvet, il est possible comme l’avons fait, de dormir dans un pavillon de chasse et qui plus est, sur une table dont les pieds sont repliés. Avouez que c’est plus confortable que de s’allonger sur un carrelage froid ! Ces abris sommaires et d’emblée acceptés par nous, sont la contre partie d’une non-réservation choisie. Afin de collecter un maximum d’informations sur ce chemin, il nous fallait en effet du temps. Dans ces conditions, difficile alors de faire un planning précis de notre avancement journalier. Je le répète, nous avons pris le temps, même si dans notre tête nous avions l’objectif d’arriver à Tours le 4 Juillet, jour anniversaire ou Martin fut élu évêque par le peuple tourangeau.

Après avoir rejoint le 27 avril par train et bus la ville de Saragosse, capitale de l’Aragon, nous y sommes restés 2 jours en visite de patrimoine et rencontres avec quelques élus (Ayuntamiento, Chambre consulaire, Direction du gouvernement de l’Aragon) afin de donner à chacun de nos interlocuteurs une première connaissance de ce chemin. Tous nous ont écoutés d’une oreille attentive et intéressée. De plus, l’accueil fut toujours chaleureux. A part quelques mots basiques courants, à noter que nous ne parlons pratiquement pas espagnol et que souvent nous nous sommes exprimés en bon français teinté d’accent et d’expressions angevines !

Le 29 Avril, nous partions donc en direction de Tours pour la découverte des 1100 km de chemin, dont 250 en Espagne. Nous avions préparé ce cheminement très sérieusement avec un maximum de références, dont certaines récupérées sur internet. Sachant que nous ne disposions pas comme en France de cartes type IGN au 1/25000ème, l’itinéraire sur la partie espagnole nous posait encore bien des interrogations qu’il nous a fallu résoudre au fur et à mesure de l’avancement sur le terrain.

Tant en Espagne qu’en France, tous les jours nous avons recherché le meilleur chemin à emprunter et cela en tenant compte du patrimoine, des hébergements et des services. Le chemin, c’est tout cela à la fois. Plus d’une fois, nous nous sommes trompés, plus d’une fois nous avons fait demi-tour. C’est de cette manière que nous avons emmagasiné de nombreux kilomètres supplémentaires.


Un bel itinéraire sans hébergements accessibles à « toutes les bourses », c’est un chemin d’itinérance qui assurément n’aura aucun succès et du coup tombera vite dans l’oubli. Cela, non seulement nous l’avons dit aux nombreux élus rencontrés sur la partie française, mais nous en avons tenu compte dans nos cheminements quotidiens. Explication : sauf pour les 10 derniers jours de cheminement en Touraine ou le chemin est déjà bien balisé et fait l’objet d’un livre-guide, « notre technique » était justement comme je le dis plus haut, de ne pas réserver et d’agir en conséquence chaque soir à l’étape choisie. Comment ?
En nous rendant soit à l’Office de Tourisme, quand il y en avait un et quand il était ouvert, soit à la mairie, voire même si nécessaire, à la rencontre du maire ou d’un élu à leur domicile. Combien de portes avons-nous « forcées » ? Il a fallu souvent faire preuve d’opiniâtreté. C’est ainsi que nous avons pu découvrir des lieux d’accueils très variés : hôtels, chambres d’hôtes, chambre chez l’habitant, gîtes d’étapes et albergues, salles paroissiales et communales, exceptionnellement pavillon de chasse (79), salle du conseil municipal (Espagne) et même 2 cellules réservées pour les pèlerins de passage à l’hôpital psychiatrique de Cadillac (33) !

Revenons à la partie du chemin espagnol qui nous a conduits de Saragosse à la frontière française en passant par le Col de la Pierre Saint-Martin le 15 Mai dernier sous la neige.
De Saragosse, nous avons suivi la vallée du rio Gallego jusqu’à Ayerbe, petite ville étape, avant d’accéder à la montagne pyrénéenne. De là, notre objectif était de passer par des lieux prestigieux et chargés d’histoire tels que le Monastère San Juan de la Pena ou encore Santa Cruz de la Séros afin de rejoindre le camino jacquaire aragonais au niveau de Santa-Cilia de Jaca (albergue).
Primitivement, nous devions remonter la vallée d’Hécho par le GR 653-3. Mais l’information recueillie sur un dépliant touristique espagnol en a décidé autrement. En effet, sur ce document, nous avions relevé qu’à Artieda il y avait non seulement un albergue (intéressant pour l’hébergement de groupe à prix modique) mais qu’il y avait aussi et surtout une belle église romane San Martin du XIIème siècle. Difficile de ne pas s’y rendre, d’autant qu’elle se trouve sur un chemin bien balisé et pourvu d’albergues en nombre suffisant. Du coup, il n’était plus question de revenir en arrière pour passer par la vallée d’Hecho, mais plutôt de remonter plus directement vers le col de La Pierre Saint Martin (1802 m) et la France par une autre vallée : la vallée du Roncal (Burgi, Roncal, Urzainqui, Isaba), qui celle-là, nous a réservé encore de belles surprises en patrimoine, accueil et paysage.

En effet, ce seront beaucoup d’émotions à la découverte d’un vrai trésor martinien dans cette petite église San Martin d’Urzainqui : reliquaire, retable, bibliothèque. Magnifique ! Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce tronçon espagnol, sur les 90% de beaux chemins de terre qui le constituent, sur le magnifique village de Sarsamarcuello perché dans la montagne, sur les splendides Mallos de Riglos (variante possible avec refuge), sur l’accueil chaleureux des petits villages de la vallée du Roncal mais, passons maintenant sur le versant français du chemin ; fort intéressant lui aussi.

Une des particularités de ce chemin martinien Saragosse-Tours est qu’il emprunte dans sa partie française quelques tronçons des 4 voies jacquaires françaises : voie d’Arles, voie du Puy-en-Velay, voie de Vézelay, voie de Tours. De ce fait, il a l’avantage d’offrir aux futurs marcheurs de Saint Martin les gîtes présents sur ces 4 voies. D’autres gîtes d’étapes municipaux ou privés existent. Exemple : à la Station d’Arette La Pierre Saint-Martin (64) à Lucmau (33), à Esves le Moutier (37). Par ailleurs, nous avons tout lieu d’espérer que des accueils privés se développeront. A plusieurs reprises en effet, on nous a offert le gîte et le couvert. Les marcheurs ont ceci de commun, c’est qu’avec leur sac à dos, chapeau et chaussures ils se ressemblent tous et que ces attributs facilitent grandement la communication.

Du point de vue patrimoine, le chemin est jalonné de magnifiques petites églises dont quelques-unes sont dédiés à Saint-Martin. Citons Carignan de Bordeaux (33), Haux (33) Préchac (33) avec sa petite église romane de Saint-Martin d’Insos située en forêt. Ces 3 églises ont été restaurées ou sont en cours de restauration grâce à des passionnés qui ont créé pour l’occasion des associations de sauvegarde du patrimoine. Une autre encore, comme l’église Saint-Martin de Noët sur la commune de Saint-Justin (40) mériterait aussi une prise en charge du même type.
Bien d’autres églises martiniennes existent sur ce chemin. Parmi elles, citons Pau (64) avec sa grande rosace retraçant la vie de Martin, Pons (17) avec là encore ses 9 vitraux retraçant pareillement la vie de Martin. N’oublions pas l’abbaye de Ligugé (86) fondée par Martin lui-même.

Quelques mots sur l’accueil en France : la plupart de nos rencontres avec les élus furent chaleureuses voire généreuses : long entretien avec un maire et son 1er adjoint, invitation d’un maire à la table familiale auquel s’est joint un couple d’amis à qui il avait demandé de nous héberger, ne pouvant le faire lui-même, chaleureux entretien avec un 1er adjoint qui prendra la décision de nous offrir une chambre d’hôte….Les particuliers rencontrés en chemin ont été tout aussi formidables. Citons quelques prénoms et lieux : Jeannette et Bernard de Haux ; Anne et Jacques de Montalembert ; Brigitte et Dominique d’Auge-Saint-Médard ; Agnès et Roger de Saint Justin ; Le père Alfred de Saint Justin ; Annie de Préchac ; Anne-Marie de Nieul l’Espoir ; Hélène et Jacky de Lons ; Cathy et Vincent de Bourriot-Bergonce ; Bernadette et Daniel de Tercé… Difficile de citer toutes les personnes rencontrées sur le chemin tellement elles ont été nombreuses. Néanmoins nous gardons de tous, élus ou particuliers, un excellent souvenir que nous allons mémoriser dans les mois à venir dans un carnet de voyage. Merci à tous.

Partir en éclaireur sur un chemin de rencontres et de partage, c’est un beau cadeau que l’on ajoute volontiers à ceux qui nous attendaient à notre arrivée à Tours ce 4 Juillet 2009. Merci à la Ville de Tours et au Centre Culturel Européen Saint Martin de Tours qui nous a fort bien accueillis, à tous ceux qui se sont joints à nous depuis Ligugé ou lors de la dernière étape. Nous n’oublions pas également ceux qui nous ont aidés et encouragés à faire ce beau chemin.

Hubert et Thérèse MOREL