Située au sud-ouest de Meaux et nichée entre le secteur des boucles de la Marne et le canal de l’Ourcq, la commune de Trilbardou s’étend sur 754 hectares. De Trie en 1081, le nom du village a évolué en Trie le Bardoul en 1222, Trie le Bardou en 1680 puis, finalement, enTrilbardou à l’époque de la Révolution. Aujourd’hui à vocation essentiellement agricole, le village a occupé une position stratégique au croisement de la route d’Allemagne.
Durant la Bataille de la Marne, du 5 au 10 septembre 1914, le Maréchal Gallieni s’installa à Trilbardou pour diriger l’offensive contre l’armée allemande de Von Kluck. Sur le Monument érigé en 1924 et qui porte son nom, le Maréchal est représenté scrutant l’horizon. A proximité, une table d’orientation retrace la Bataille.
Sur le plan architectural, Trilbardou s’enorgueillit d’une certaine richesse. L’usine élévatoire, classée monument historique, complète les apports d’eau du canal de l’Ourcq par des prélèvements en Marne. Sa roue comporte 70 aubes en bois et un ensemble de quatre pompes qui refoulent 27000 m3 d’eau par seconde. Cette usine a été conçue par l’ingénieur hydraulicien Alphonse Sagebien (1807-1892).
Trilbardou a su préserver son identité rurale et un charme pittoresque. Tout en étant à proximité des grands axes routiers et dans un secteur dynamique, c’est un havre de paix où il fait bon vivre dans le calme et la verdure.
A VOIR
Eglise Sainte-Geneviève
Il n’existe pas de traces de l’église de Trilbardou avant le XIIe siècle. Cependant, dans la légende de la vie de Sainte Geneviève, le corps de celle-ci aurait été déposé, en 857, puis en 863, dans l’église du village, lorsque ses reliques furent transportées de l’abbaye Sainte Geneviève de Paris à Marisy, pour en éviter la profanation par les pillards normands. Qui fît construire cette première église? Où était-elle? L’absence de documents d’époque, permet d’imaginer que c’était, comme la plupart des églises et des chapelles de l’époque, une construction en bois, de dimensions. Choeur et clocher du XIIE, façade et nef à colonnes doriquesde 1760 ; tabourets de chantre du XVIIIe, banc d’oeuvre du début XIXe, fonts baptismaux datés de 1677, confessionnal XVIIIe.
Château (reconstruit au XIXe en brique et pierre, parc traversé par le canal de l’Ourcq)
PROJETS DE CANALISATION DE L’OURCQ
Sous le « Siècle des Lumières » de nombreux projets concernant la canalisation de l’Ourcq virent le jour. Le plus intéressant est celui de Jean-Pierre Brullée, soutenu par Lavoisier et Condorcet. En 1786, il prévoyait de prendre l’eau de la Beuvronne à Claye-Souilly pour l’amener, d’une part, dans le bassin de l’Arsenal, et d’autre part, jusqu’à Saint-Denis et Pontoise.
L’idée qui en ressortit était d’aller chercher l’eau de l’Ourcq assez haut, à Mareuil-sur-Ourcq. Le projet de canal était définitivement au point sous la Révolution. Avec l’arrivée au pouvoir de Bonaparte, les choses s’accélérèrent. Les conditions propices à une politique de grands travaux étaient réunies.
Chaptal, Ministre de l’Intérieur, rapporte dans ses Mémoires : en 1801, à la Malmaison, le Premier Consul lui aurait demandé :
- « Je veux faire quelque chose de grand, d’utile pour les Parisiens. Quelles sont vos idées? »
- « Donnez-leur de l’eau. Elle se vend à la bouteille à Paris. Il n’y a ni fontaine, ni abreuvoir, ni moyen de laver les rues. Il faut amener l’eau de l’Ourcq. »
Bonaparte, emballé, aurait répondu : « Envoyez chercher l’ingénieur des Ponts et Chaussées, en rentrant chez vous. Qu’il prenne 500 hommes pour commencer à creuser le canal à la Villette ».
CONSTRUCTION DU CANAL DE L’OURCQ
Le corps législatif adopta « sans débat » le 19 mai 1802 la loi créant le canal et la première pierre fut posée le 23 septembre. Le canal fut d’abord creusé en direction de la Beuvronne vers Claye-Souilly, il y eut plusieurs éboulements dans la tranchée du Bois Saint-Denis vers Tremblay en France, les ouvriers y exhumèrent à 6 mètres de profondeur des ossements d’animaux inconnus.
Le grand naturaliste de l’époque, Georges Cuvier, invité sur le site, y découvrit des dents et des ossements de mammouths, ce qui donna naissance à la paléontologie moderne.
Dès 1803, des prisonniers prussiens furent mis au travail en plus des ouvriers, et beaucoup d’entre eux périrent sur le chantier mais, le 15 août 1813, le premier bateau partit de Claye-Souilly et arriva à la Villette. Ce n’est qu’à la fin 1822 que la navigation fut ouverte de Saint-Denis à Mareuil-sur-Ourcq, tandis qu’au-delà, l’Ourcq canalisée depuis le XVIe siècle restait en service.
Quant au canal Saint-Martin, les travaux s’éternisaient. On discutait, aux Ponts et Chaussées, du tracé du canal. Passerait-il devant ou derrière l’hôpital Saint-Louis ? Irait-il jusqu’à la place de la Nation ? Finalement, le tracé de 1803 fut adopté. Les premiers bateaux venant de Mareuil-sur-Ourcq entrèrent sur le canal Saint-Martin le 4 novembre 1825. Le réseau des canaux de Paris fut achevé après 23 ans de travaux.
Dès les années 1830, on limita la consommation de l’eau de l’Ourcq comme eau potable à Paris, à cause d’une grande épidémie de Choléra qui débuta le 22 mars 1832 et ne se termina qu’en été, faisant 1 000 morts par jour dans la population parisienne ; les quartiers approvisionnés en eau de l’Ourcq furent les moins touchés; puis d’autres épidémies de typhus décimant la capitale jetèrent le doute dans les esprits sur la qualité de cette eau, et l’eau du canal de l’Ourcq ne servit plus qu’à un usage public et industriel (eau non-potable).